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Le badminton français en prend pour son 'Gade'

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Nommé en avril dernier directeur de la performance du badminton français, le Danois Peter Gade, ancien numéro un mondial et quintuple champion d’Europe, tente depuis d’impulser une nouvelle dynamique au sein du pôle France de l’INSEP et d’accompagner sur le long terme les joueurs français mais aussi les entraîneurs vers la performance. Entretien.

Peter Gade (au centre), entouré du Président de la FFBad Richard Remaud (à dr.) et du DTN, Philippe Limouzin (à g.)
 

Quel premier bilan faites-vous de ces premiers mois passés au pôle France de l’INSEP ?

Il est encore un peu trop tôt pour parler réellement de bilan. Mais ce que je peux dire en revanche, c’est que je suis très agréablement surpris de ce que j’ai vu depuis mon arrivée. Je n’aurai jamais imaginé que cela irait si vite et que les progrès seraient à ce point notables après quelques semaines seulement de travail commun. Je parle aussi bien des joueurs que de l’encadrement des entraineurs. Je suis venu ici pour structurer le badminton français, et pas seulement l’INSEP, avec un projet qui s’inscrit sur le long terme. Je savais qu’il y avait un potentiel indéniable en France mais que tout ne se ferait pas en claquant des doigts. J’avais besoin dans un premier temps que les joueurs et les entraineurs adhèrent au projet, me suivent et s’investissent dans un vrai travail d’équipe. Et pour l’instant, c’est le cas. Et pourtant, j’ai conscience qu’ils sont tous soumis à une forte pression car je suis quelqu’un disons d’assez… exigeant (sourire).

 

Quelles sont les bases de ce projet ? Et comment comptez-vous le mener à bien ?

Pour moi, former un joueur de très haut niveau, c’est comme construire une maison. Il faut des fondations solides. C’est ce que j’essaie de mettre en oeuvre aujourd’hui. Comme je le disais, les joueurs français ont beaucoup de potentiel mais j’ai estimé qu’il fallait revoir les bases - la technique, le physique, le travail tactique, l’approche mentale mais aussi la vie en dehors de l’entraînement, l’alimentation, le sommeil… - avant d’aller plus loin. Si tu veux devenir un « top player », tous ces paramètres doivent être en place dès le départ. Si un seul est défaillant, et bien, la maison s’écroule ! Ces dernières semaines, nous avons donc travaillé très dur, notamment physiquement. J’ai notamment beaucoup insisté sur le jeu de jambes, les déplacements. Techniquement, j’ai passé également du temps avec les joueurs sur le terrain pour revoir certains fondamentaux.

 

Peter Gade

Né le 14 décembre 1976 à Aalborg (Danemark)

  • Numéro un mondial de 1998 à 2001
  • Vice-champion du monde en 2001
  • Médaillé de bronze mondial en 1999, 2005, 2010 et 2011
  • Quintuple champion d’Europe (1998, 2000, 2004, 2006, 2010)
  • 24 titres en Grand Prix/Superseries

 

 Comment les joueurs ont-ils justement réagi à cette nouvelle approche et à ces changements dans leurs habitudes d’entraînement ? Les plus expérimentés ont dû être surpris.

J’ai senti l’adhésion de tout le groupe dès le départ. Mais c’est aussi parce que j’ai été très clair avec eux. Je suis là pour les faire progresser, les motiver, les inspirer et les emmener à repousser leurs limites. S’ils veulent être les meilleurs en Europe et dans le top 10 ou 5 mondial un jour, il faut qu’ils soient à 100% dans tous les domaines. Et cette exigence, ils doivent l’avoir au quotidien et pas qu’à certaines périodes de l’année. Avant, certains joueurs étaient déjà satisfaits d’être numéro un en France. Ma mission n’est pas de faire d’eux les meilleurs en France mais les meilleurs en Europe et dans le monde. Certains y arriveront, d’autres pas. Et c’est aussi à moi d’identifier dès à présent celles et ceux que j’estime être en mesure de réussir et de mettre en place le meilleur environnement possible pour leur permettre de s’épanouir. Une tâche loin d’être facile. Mais je suis bien entouré (voir ci-dessous) et je sens qu’il y a une saine émulation au sein des différents groupes d’entrainement.

 

Votre méthode s’inspire-t-elle de ce que vous avez connu au Danemark ?

Plus ou moins. J’essaie de faire un mix de ce que j’ai appris dans les différentes structures que j’ai fréquentées au Danemark mais aussi des entraineurs que j’ai côtoyés au fil de ma carrière, tout en y apportant ma touche personnelle. Mais il n’est pas question pour moi de reproduire ou d’imposer un modèle ou un autre. Je veux le faire à la Française, en m’appuyant sur le système français sans forcément tout révolutionner. L’idée est déjà que tout le monde travaille dans la même direction, avec la même rigueur, à l’INSEP, dans les pôles France à Strasbourg et Bordeaux, et également dans les clubs. Et comme je le disais, je m’inscris dans un projet sur le long terme. Mon travail est donc aussi dans cette période de former de jeunes entraineurs français de très haut niveau. Je veux que dans le futur, le badminton français n’ait plus besoin d’aller chercher des entraineurs étrangers mais que toutes les compétences soient déjà présentes en interne. Et là aussi, je place la barre très haut.

 

Dans ce contexte, pourra-t-on déjà attendre des performances des joueurs français lors des Jeux Olympiques de Rio en 2016 ?

Je vais être honnête : les JO de Rio arriveront certainement un peu trop vite pour nous. Cela ne veut pas dire pour autant que nous n’essaierons pas de qualifier le maximum de joueuses et joueurs pour cette échéance et une fois sur place, je suis persuadé que toutes et tous donneront le maximum pour obtenir le meilleur résultat possible. Mais il me semble plus réaliste d’avoir déjà dans le viseur les Jeux de Tokyo en 2020. C’est mon objectif en tout cas. Et tout ne se résume pas qu’aux Jeux. Il y a une échéance très importante pour le badminton français dans un an avec les championnats d’Europe en Vendée et je vais faire en sorte que les joueurs progressent d’ici là pour être à la hauteur de ce grand rendez vous.

 

Un mot sur l’INSEP pour finir. Quel regard portez-vous sur l’établissement ?

Honnêtement, lorsque j’ai découvert l’INSEP, je me suis dit : « Whaou ! ». Les joueurs français ont vraiment de la chance de pouvoir vivre et s’entraîner dans de telles infrastructures. Toutes les conditions sont réunies pour faire de l’excellent travail ici. J’essaie désormais d’optimiser au maximum les différentes ressources qui sont à notre disposition et de faire en sorte que le pôle travaille encore mieux avec les autres services. Et je suis aussi vraiment ravi de la manière dont j’ai été accueilli et intégré. Ce n’était pas évident pour moi d’arriver dans un autre pays, de représenter une autre nation que le Danemark dont j’ai porté les couleurs pendant tant d’années. Mais le challenge est vraiment très excitant.

 

Le pôle France de l’INSEP a changé de vitesse au volant

En s’octroyant les services d’une légende du badminton mondial, la Fédération française de badminton rêve « de faire du badminton un sport majeur en France et de la France une nation majeure du badminton international » selon les termes du président de la FFBad, Richard Remaud.

Un projet à long terme qui a occasionné un profond bouleversement dans les habitudes d’entraînement du pôle France de l’INSEP. Dès son arrivée, Peter Gade a souhaité mettre en place deux groupes d’entraînement distincts : un groupe dit « développement » composé d’une quinzaine de jeunes joueurs espoirs de la discipline et un groupe dit « élite olympique » qui regroupe 10 joueuses/joueurs plus expérimentés dont Brice Leverdez (30e joueur mondial), Thomas Rouxel, Sashina Vignes-Waran ou Audrey Fontaine. Le Danois s’est également adjoint les services de trois entraineurs – son compatriote Jesper Hovgaard, le Chinois Zhou Junling, qui faisait déjà partie de l’encadrement national ces dernières années, et le Français Thibaut Pillet – et de deux préparateurs physiques.

Et depuis le mois d’avril, les Insépiens ont mis le bleu de chauffe pour tenir la cadence imposée par le nouveau directeur de la performance. « C’est vrai, on en ch…, souligne avec son langage imagé et un grand sourire la belle Léa Palermo, championne de France en 2010 en simple et double. C’est très dur, surtout physiquement, mais on sait toutes et tous pourquoi on fait de tels sacrifices. » À un an des championnats d’Europe, que les Tricolores disputeront à domicile en Vendée, et des Jeux Olympiques de Rio, le bad français affiche déjà de belles promesses. À l’image de la médaille d’argent décrochée aux Jeux Européens par le double mixte Audrey Fontaine et Gaëtan Mittelheisser.

 

Retrouvez l'intégralité de cet article dans INSEP Le Mag#10

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