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Dossier : Suivi socio-professionnel des sportifs de haut niveau

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Grâce à un engagement mutuel de l’État, des entreprises et du mouvement sportif, les sportifs de haut niveau français bénéficient aujourd’hui d’un suivi socio professionnel renforcé. Une nouvelle dynamique qui rappelle que la poursuite du double projet, sportif et professionnel, est plus que jamais essentielle et un élément constitutif de la performance.

Dire qu’il aurait pu ne jamais connaître ce qui reste à ce jour l’un des sommets de sa carrière. En mars 2014, l’épéiste Alex Fava se hissait en finale du Challenge Monal, l’étape parisienne de la Coupe du monde d’épée, considérée comme l’une des épreuves majeures du circuit. Une performance qui lui permettait à l’époque d’intégrer l’équipe de France masculine, sacrée championne d’Europe et du monde en 2014, comme remplaçant. Quelques mois avant l’échéance parisienne, le jeune escrimeur - 26 ans - avait pourtant une nouvelle fois songé à ranger son épée et à se retirer des pistes. « Je me demandais si je devais continuer ou me consacrer pleinement à mes études et à ma reconversion, assure-t-il. Une réflexion récurrente depuis mes débuts dans le sport de haut niveau, car j’en avais parfois assez de galérer pour subvenir à mes besoins. Le plus souvent, mes résultats me confortaient dans le fait que cela valait le coup de faire de tels sacrifices et je repartais pour une saison mais sans aucune certitude. »

Une situation vécue par la très grande majorité des sportifs de haut niveau en France. Mais si Alex Fava parle aujourd’hui au passé, c’est que son statut a changé en décembre dernier. Le 6 décembre 2014, le jeune homme, étudiant en école de commerce (ESCP Europe), a signé un contrat d’image avec le groupe Crédit Agricole, couplé à un véritable parcours d’intégration dans l’entreprise. De quoi lui permettre d’envisager l’avenir avec plus de sérénité, lui qui jusque là « bricolait », selon ses termes, pour boucler ses fins de mois. Mieux, l’Insépien, qui envisageait peut-être de raccrocher après les JO de Rio, se projette déjà désormais sur Tokyo 2020. « Car je sais que je serai accompagné lors de la prochaine olympiade et que ma reconversion est aujourd’hui engagée et assurée », remarque-t-il.

 

UNE NOUVELLE DYNAMIQUE INITIÉE PAR L’ÉTAT

À l’image d’Alex Fava ou de l’haltérophile Bernardin Kingue Matam, près de 150 sportifs de haut niveau vont pouvoir bénéficier d’un contrat d’image ou d’un contrat de travail aménagé leur permettant de se préparer dans les meilleures conditions aux prochains Jeux Olympiques et Paralympiques. Une nouvelle dynamique initiée par l’État dans le cadre d’un « Pacte de performance » entre l’État, les entreprises, le mouvement sportif et les sportifs de haut niveau, présenté à l’INSEP le 2 décembre dernier par le Président de la République, François Hollande.

Près de 70 entreprises se sont ainsi déjà engagées à accompagner un ou plusieurs sportifs pendant leur carrière sportive, dans la perspective de les intégrer ensuite au sein de leurs équipes. « Le dispositif d’accompagnement des sportifs de haut niveau par des entreprises (qui permet aux sportifs inscrits sur les listes ministérielles de haut niveau de bénéficier de contrats de travail aménagés afin de leur permettre de s’entraîner et de participer à des compétitions, tout en conservant la totalité de leur rémunération, ndlr) datait de 1982 et avait besoin d’être modernisé », assure Thierry Braillard, le secrétaire d’Etat aux Sports. Car comme l’a souligné le Premier Ministre, Manuel Valls, le 8 juin dernier, lors d’un moment d’échanges à Matignon en présence des binômes sportifs de haut niveau et entreprises constituées dans le cadre du « Pacte de performance », « si tous les sportifs de haut niveau consacrent quasiment l’intégralité de leur temps à leur discipline sportive, rares sont ceux qui parviennent à en vivre. À l’exception de quelques sportifs bénéficiant d’une forte exposition médiatique, les futurs membres des équipes de France olympique et paralympique ne perçoivent pas de revenus suffisants pour subvenir personnellement à leurs besoins. »

Difficile néanmoins pour le grand public d’admettre qu’un champion, en activité ou « retraité », puisse être en situation de grande précarité alors que les salaires mirobolants des footballeurs, tennismen et autres basketteurs NBA s’affichent régulièrement dans la presse ou sur le net. Jean-Pierre Karaquillo, professeur agrégé des facultés de droit, cofondateur du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) et auteur d’un rapport sur les statuts des sportifs remis au secrétaire d’État aux Sports en février 2015, le confirme pourtant : « Quatre sportifs de haut niveau sur dix gagnent moins de 500 euros par mois et certains connaissent des situations dramatiques ». « Les sportifs avaient fini par intégrer la précarité comme une fatalité », poursuit Thierry Braillard. « Il devenait urgent d’intervenir. Et c’est la moindre des choses pour la France d’être enfin reconnaissante vis-à-vis de ses sportifs. » Et notamment les sportifs non professionnels, qui pratiquent une discipline confidentielle, purement amateur, mais qui nécessite autant d’efforts et d’investissements personnels et temporels qu’un sport professionnel.

 

DES CONTRATS MIEUX ADAPTÉS

Le dispositif a donc évolué afin de proposer des contrats mieux adaptés aux emplois du temps très contraints des sportifs et aux besoins des entreprises. Des entreprises dont le profil s’est diversifié : de grands groupes mais aussi des PME et des startups sont venus rejoindre les entreprises dont l’engagement aux côtés des sportifs de haut niveau était ancré depuis parfois des dizaines d’années dans la culture interne (SNCF, RATP, EDF…). Le ministère des Sports, avec l’aide de l’INSEP, facilite les rencontres entre sportifs et entreprises et accompagne ces dernières dans leur processus de recrutement. Les fédérations ont quant à elles pour mission d’accompagner les sportifs dans la construction d’un projet professionnel adapté à leur carrière sportive. L’élargissement et la diversification des entreprises engagées, qui s’ajoutent aux cinq ministères (Défense, Intérieur, Budget, Education nationale et Justice) ayant conclu des accords cadre avec le ministère des Sports pour favoriser le recrutement de sportifs de haut niveau, permet en effet de mieux faire correspondre la formation et les aspirations du sportif avec les besoins de l’entreprise ou du ministère.

L’opération remporte un franc succès du côté des entreprises, qui se sont regroupées en association, baptisée « Athlètes et Entreprises », afin d’animer le réseau des entreprises investies dans le sport de haut niveau et de partager leurs expériences. « La France a longtemps été à l’avant-garde de la politique de sport de haut niveau, et elle le reste grâce à ce partenariat exceptionnel entre l’État, les entreprises et le mouvement sportif, a reconnu le Premier Ministre. Ce pacte de performance a bien entendu vocation à se pérenniser, à s’élargir du côté des sportifs et à s’agrandir du côté des entreprises. »

 

► ZOOM SUR LA PROPOSITION DE LOI

Une proposition de loi visant à protéger les sportifs de haut niveau et professionnels et à sécuriser leur situation juridique et sociale a été adoptée à l’assemblée nationale le 8 juin dernier. Le texte sera examiné au Sénat à l’automne, puis devrait pouvoir entrer en vigueur d’ici la fin de l’année. Parmi les mesures phares :

  • pour les sportifs de haut niveau qui ne bénéficient pas déjà d’une couverture sociale en cas d’accidents sportifs : une garantie de base sera prise en charge par la solidarité nationale compte tenu du rôle primordial que jouent les sportifs de haut niveau pour le rayonnement de la France. Celle-ci leur permettra de bénéficier de la législation des accidents du travail et des maladies professionnelles en cas de blessures. Les fédérations devront, en complément de ce régime de base, souscrire une assurance individuelle accident pour leurs sportifs de haut niveau ;
  • pour les sportifs professionnels : la clarification des relations de travail par la création d’un CDD spécifique qui permettra de stabiliser la situation des joueurs, des entraîneurs et de leurs clubs employeurs non seulement au niveau professionnel mais également aux niveaux inférieurs dès lors que cette activité est effectuée dans un cadre salarié ;
  • pour tous : l’obligation, pour chaque fédération sportive, de mettre en place des dispositifs d’accès à la formation pour préparer l’après carrière des sportifs, la reconnaissance morale du Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) et la reconnaissance du rôle joué par les «sportifs pour le rayonnement de la nation».

BERNARDIN KINGUE MATAM, UN AVENIR TOUT TRACÉ

 

Pour Bernardin Kingue Matam, il y aura un avant et un après janvier 2015. Et pas seulement parce que le jeune haltérophile (25 ans) d’origine Camerounaise, naturalisé français en 2011, a dû quitter Besançon où il vivait depuis l’âge de 14 ans pour rejoindre Paris et l’INSEP. En signant le 5 janvier dernier un CDI avec Vinci Autoroutes, le leveur de fonte a enfin dit adieu à un quotidien où il avait parfois du mal à joindre les deux bouts. « Je m’en sortais comme je pouvais avec la subvention (300 euros par mois) versée par mon club et des primes périodiques du conseil général du Doubs et en tant qu’étudiant, je devais aussi jongler avec des horaires qui n’étaient pas toujours aménagés », se souvient-il sans nostalgie. Ce qui ne l’avait pas empêché de décrocher sa qualification pour les JO de Londres en 2012 dans la catégorie des – 69 kg (non classé) ou de monter sur le podium des championnats d’Europe (3e) la même année. Mais depuis le début de l’année, Kingue Matam se sent comme « galvanisé ».

« Je peux me lâcher, me donner à 100 % dans mon sport sans me soucier du lendemain, confirme-t-il. Maintenant, j’ai assuré mon avenir. J’ai enfin un vrai salaire et un métier ! » Un métier d'assistant de contrôle de gestion à la direction des ressources humaines qu’il prend très à coeur.

 

IL NE COMPTE PAS SES HEURES

Chez Vinci Autoroutes, l’haltérophile, lorsqu’il n’est pas en compétition ou en stage, ne compte pas ses heures. « Je tenais vraiment à m’investir dans mon entreprise dès le début pour être opérationnel très rapidement et faire partie intégrante de cette équipe », souligne-t-il. À son poste à Rueil-Malmaison chaque jour de 9h à 15h, le champion du monde universitaire (en 2014), à nouveau médaillé de bronze européen cette année, reprend le chemin de l’INSEP pour être à l’entraînement à 17h. « En fin d’année, j’aurai des échéances très importantes, notamment les championnats du monde au cours desquels je tenterai de remporter une médaille, et grâce à ce contrat signé dans le cadre du dispositif mis en place par le ministère des Sports, je sais que je vais pouvoir les préparer en toute sérénité et dans les meilleures conditions », remarque-t-il. Et le jeune homme, digne représentant du clan Matam qui a porté haut les couleurs de l’haltérophilie française ces 20 dernières années, a déjà dans le viseur les Jeux Olympiques 2016. « Ce serait un honneur de décrocher une médaille à Rio, pour moi, ma famille mais aussi mon entreprise », conclut-il.

Retrouvez l'intégralité de ce dossier dans INSEP Le Mag#10

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