Escrime
Laura Flessel : «Je ne vis pas dans le passé !»
Laura Flessel JO Pekin 2008
Laura Flessel lors des Jeux Olympiques de Pékin 2008 / Crédit Photo : Agence PANORAMIC

Le 6 novembre 2010 s'ouvriront les championnats du monde dans le cadre unique et majestueux du Grand Palais à Paris. Le 6 novembre, Laura Flessel fêtera ses 39 ans. Non pas que les dates aient été choisies pour concorder. Encore que l'escrime française pourrait organiser une fête exceptionnelle pour celle qui présente chez les françaises, le plus beau palmarès de l'histoire.


Combien de médailles? « Je ne sais plus, lance-t-elle en riant. Treize ou quatorze mondiales et olympiques. Vingt deux victoires en Coupe du monde. Mais je ne vis pas dans le passé. » On parlera de longévité, plutôt que d'années. Elle réplique: « Je n'ai pas de problème avec mon âge. » Ecoutons la encore: « Je me remets en question tous les jours, car je veux me faire plaisir. J'ai envie de challenges. Accepter l'échec, le doute, cela m'a équilibrée. Pourquoi? Parce que je ne suis jamais seule. Je me bonifie grâce au groupe qui m'entoure, mon mari, ma fille, mes entraîneurs et ce groupe me donne des ondes positives. Je déteste l'échec et ma passion est décuplée quand je suis justement en situation d'échec. »

Dans l'escrime française, elle dispose d'un statut à part, celui de « vitrine », grâce à son palmarès bien sûr, mais aussi par son charme, sa personnalité et sa disponibilité. « C'est vrai, confie-t-elle, j'aime aller voir ailleurs, vers l'événementiel sportif, la fondation Lagardère, le conseil général ou le conseil régional. Je suis élue au Comité directeur de la Fédération, je n'ai pas le temps d'y aller tout le temps du fait des compétitions, mais j'observe. Et puis je prête mon image à l'humanitaire dans deux opérations: « Balestra » où l'on achète du matériel pour l'initiation; « Envole-toi » où l'on aide quatre jeunes espoirs à tous points de vue. J'entre dans la phase où l'on redonne. Mais, en escrime, on est en sous-régime par rapport à ce qu'on pourrait faire. »

Revenons en arrière. En 1996, l'épée féminine fait son entrée dans le programme olympique à Atlanta. Bingo pour la France. Laura l'emporte devant Valérie Barlois. Et ajoute le titre par équipe avec Valérie et Sophie Moréssée-Pichot. Pourquoi? Elle pouffe: « Peut-être parce que j'étais douée... » En fait, elle n'a commencé l'épée qu'en 1991. Auparavant, en Guadeloupe, elle a fait du fleuret pendant douze ans. Etant donnés ses résultats, elle rejoint la métropole et l'INSEP en 1991. Alors fleuret ou épée, arme qui se développait vue l'échéance olympique ? « J'ai choisi l'épée parce que ma copine Marianne Hauterville, Guadeloupéenne comme moi, en faisait. » Quatre ans plus tard, elle remportait ses deux premières médailles mondiales. « En fait, précise-t-elle, je n'ai commencé à prendre du plaisir qu'en 2000. Avant, il fallait que j'apprenne. L'épée est une arme de maturité. »

Quinze ans de haut niveau sans interruption, si ce n'est pour sa grossesse: « Dans toute ma carrière, on m'a toujours préservée. Par exemple, jusqu'en juniors, je ne participais qu'à une compétition de temps en temps. Et pourtant, ça fait quinze ans qu'on s'entraîne deux fois par jour. Je ne me ménage pas, mais je n'ai jamais subi de blessure due à la pratique intensive. On doit se faire mal à l'entraînement, faire preuve d'humilité, d'abnégation. On n'a rien sans rien. Dès 2000, le niveau international a vraiment progressé. J'ai accepté la compétition, la remise en question. » On lui demande pourquoi elle est toujours au-dessus des autres Françaises; celle qu'on surnomme « la guêpe » réplique avec une petite pique: « Peut-être que la nouvelle génération doit travailler davantage. »

Elle insiste pour dire que la réussite résulte d'un environnement, d'un travail collectif. Donc d'un équilibre. Et cet équilibre, elle le trouve chez elle avec son mari et sa fille Leïlou. « Je passe plus de temps avec elle que si j'étais salariée. Je me lève avec elle, je l'emmène à l'école, parfois le midi je reviens déjeuner avec elle. J'essaie d'établir ma programmation en fonction de ma fille. Je l'emmène à la natation, au golf; elle veut faire du théâtre, je l'accompagnerai. Quand je suis en compétition à l'étranger, elle reste avec son père. C'est plus compliqué lors des stages de longue durée ou de tournois à l'autre bout du monde. Mon mari, qui est journaliste, m'a fait faire du media training, il m'aide dans mes opérations humanitaires. C'est la petite entreprise « Flessel & Co ».»

On lui dit qu'elle est sans doute la meilleure chance de l'équipe de France lors de ces mondiaux, elle répond vivement: « Vous faites erreur ! Il y a six armes. On sera en France devant notre public. Il y aura de bonnes surprises. La pression sera là, c'est vrai. Mais je suis une éternelle optimiste. »

Pour ce rendez vous, elle a bossé dur à l’INSEP au sein de la salle Philippe Riboud du complexe Christian d’Oriola: « C'est vrai, je suis une boulimique de travail. J'essaie de faire évoluer mon jeu. Techniquement, je me bonifie, parce que j'aime me remettre en question. Je regarde les autres. Avant, je ne tirais qu'avec la poignée droite. Depuis deux ans, je me suis mise à la poignée crosse. Eh bien, ça m'a fait progresser dans certaines situations. »

On parle de Londres, de cinquièmes jeux Olympiques. « Attendez! Peut-être vais-je m'arrêter après ces championnats. » Un peu plus tard, elle avouera: « Mais j'ai besoin d'adrénaline, et puis ma fille m'a demandé de rencontrer la reine d'Angleterre. Donc je continuerai jusqu'à Londres. »

Pour nous, Laura est ce qu'on appelle une bonne cliente: « C'est vrai, j'ai de bons rapports avec les media. Je suis bavarde, curieuse, même si je suis une grande timide. Et puis, sourire ce n'est pas se prostituer... »


Rédaction : Jean-François Renault | Crédits Photographique : Agence PANORAMIC
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