Perf'Infos n°3 -decembre 2010
Judo
Tcheumeo, ça marque !
audrey tcheumeo
Audrey est une battante qui ne renonce jamais !

Elle n'a que cinq ans de judo derrière elle. Et pourtant, elle est championne d'Europe des moins de 23 ans, double championne d'Europe juniors, vice championne du monde juniors, et, chez les seniors, elle a remporté le Grand Prix de Tunis et le Grand Chelem de Tokyo! Une vraie nature, dont ses entraîneurs disent: « Elle a une force terrible, un mental incroyable. C'est encore un diamant brut ».

La demoiselle explique d'une voix un peu grave, en mâchant la moitié des mots: « 
Mon père faisait partie de l'équipe de foot du Cameroun, les Lions indomptables, entre 1984 et 1986. Ma mère a été internationale camerounaise de handball. Ma demi-sœur, Antoinette Nana Djimou est la meilleure heptathlète française, mon oncle a fait de la boxe ». Il y a donc des gênes.
C'est une fille du 9-3, qui va de Bondy à Villemomble. Elle a fait du foot comme papa, du hand comme maman. Mais les sports-co, ce n'est pas vraiment son truc. Alors... « U
n soir, j'avais quinze ans, j'étais en bas de l'immeuble à glander, un copain m'a dit : viens, je t'emmène au judo. Un peu réticente quand même. Mais ça m'a plu, car tu ne dois tout qu'à toi-même ».

Au début, elle le reconnaît, elle arrache tout ce qui bouge, démontrant déjà une force colossale pour son âge. « 
Et puis, dit-elle, j'ai commencé à appréhender les techniques. Mes spéciaux : o soto gari, o uchi gari, ko uchi gari, donc surtout des balayages de jambes. Mais, je commence à travailler les mouvements d'épaule, morote, ippon seoi. »
À 18 ans, elle est championne d'Europe juniors. Une arrivée atomique qui s'est poursuivie par les succès que l'on a cités. Cela étant, il ne faut pas croire qu'il suffit à Audrey de monter sur le tatami pour que les autres plient devant elles. Au championnat du monde de Tokyo, elle se fait renvoyer à ses études dès le début du tournoi. Au Masters de Bakou, mi-janvier, elle est disqualifiée pour une faute qu'elle ignorait l’existence. Un diamant brut, donc.
Mais, elle a trouvé sa voie, qui n'est pas que de souplesse (judo=voie de la souplesse). Deux fois par jour, elle est à l'INSEP pour l'entraînement. Sauf le mercredi après midi, quand elle se rend dans son club de Villemomble, où les jeunes du quartier viennent la voir. « 
C'est important, explique-t-elle, de donner l'exemple. Même si ma mère s'est battue pour qu'on reste dans le droit chemin, même si mes parents m'ont appris le respect, je me suis retrouvée au bord de la ligne et, parfois, je l'ai même franchie ».
Sa devise veut bien dire ce à quoi elle aspire : « 
no limit ». Sur son avant bras, elle a fait tatouer: « successful ». Une nature, on vous dit.
« 
Tchoum » (son surnom) sera donc une des attractions du Grand Chelem de Paris-Bercy, les 5 et 6 février. D'autant qu'elle va se présenter, pour la première fois, en leader de la catégorie des moins de 78 kilos. En effet, Céline Lebrun, la grande Céline, a annoncé sa retraite, alors qu'elle a pris la deuxième place du Masters de Bakou, après avoir été championne du monde, vice championne olympique (après une décision que tout le monde conteste encore aujourd'hui) et avoir remporté à six reprises ce Tournoi de Paris. « Céline, c'est un exemple, dit sa cadette. D'abord par son palmarès. Aussi et surtout, parce qu'elle n'a jamais rien lâché jusqu'à la dernière seconde du combat. C'est comme ça que je veux être ».

Mais c'est comme ça qu'on voit Audrey. Battante incroyable, toujours sur l'attaque, même si c'est parfois encore un peu brouillon, du fait justement du manque de techniques variées. Elle n'aura que 21 ans, le 20 avril.
Il y a le judo, certes, mais pas seulement : « J
e veux créer ma marque de vêtements. Je dessine moi-même les jeans, les pulls, les T-shirts. J'ai déjà rencontré des gens du métier et j'aurai mon label de production ». Le nom de la marque? « Tcheuméo, ça claque, non ? »

Le Tournoi de Paris est le point de départ d'un long processus d'obtention de quotas pour les Jeux de Londres 2012. Car si, lors des championnats d'Europe et des championnats du Monde (Paris-Bercy du 23 au 28 août), il peut y avoir deux combattants par catégorie et par pays, il n'y en aura qu'un seul à Londres. « 
Il faudra être présent partout, explique Audrey. Mais j'y serai, car les Jeux, c'est magique, c'est un rêve d'enfant ! ».

Rédaction : Jean-François Renault | Crédits Photographique : FFjudo
INSEP, Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance | 11, av. du Tremblay 75012 Paris | Nous contacter | Copyright 2010-2011©INSEP
www.insep.fr | boutique INSEP | Canal INSEP