Article paru dans Le Monde Pékin 2008 du 22 Août, sous le titre:
« Une prédisposition génétique et un entraînement approprié »
"La foudre" n’a pas fini d’étonner. Après son deuxième record, au terme d’une course sans concurrence, Usain Bolt incarne le paradoxe de l’athlétisme contemporain: 2 centièmes de seconde gagnés en 12 ans ! Mais alors qu’il n’a pas cette fois relâché son effort, "cassant" comme rarement sur la ligne, il a souligné les critères désormais nécessaires pour repousser les limites du sprint: une génétique neuromusculaire explosive, un corps de 2 mètres, un temps sur 200m inférieur à 21s à 16 ans. L’horizon estimé sur cette distance se situe vers 19s. Peut-il l’atteindre alors que les meilleures performances des sprinteurs stagnent depuis 10 ans ?
Cohérence du record
Jalonnant leur carrière, un travail réalisé par Laurent Quinquis à l’Irmes a établi l’évolution des 10 meilleurs athlètes chaque année depuis 1980. Cette étude, où se côtoient plus de 200 médaillés et finalistes mondiaux, montre qu’autour de 20 ans les sprinteurs progressent de 5 à 15 centièmes de seconde par an. Champion du monde junior (le premier à franchir les 20s), Bolt est descendu de 19,93s en 2004 à 19,30s mercredi: cette marge cohérente de 16 centièmes par an soutient l’idée d’une prédisposition génétique et d’un entraînement approprié.
Incohérences des marges
À l’inverse, Shelly-Ann Fraser montre une progression qui laisse perplexe: selon les archives officielles, la championne olympique est passée de 11,76s en 2006 à 10,78s samedi : 98 centièmes en 2 ans, une accélération en dehors de la norme du haut niveau puisque 3 fois supérieure aux autres. Atypique, elle rejoint dans ce groupe très restreint deux icones déchues: Marion Jones, 92 centièmes en 1996-97, et Florence Griffith-Joyner : 47 centièmes en 1988, l’année où s’est achevée la progression du 100m féminin.
Jean-François Toussaint, Directeur de l’Irmes