PNAPS - Plan National de prévention par les Activités Physiques ou Sportives 




Sport & Citoyenneté Juin 2013

Prévention sport et santé - Objectif 10 000 pas par jour

Pour vieillir en bonne santé faites du sport

Le sport pour prévenir le cancer du sein



Prévenir les maux de la sédentarité
En Jeu Janvier 2009



Le sport c’est la santé de demain : tel est le diagnostic établi par le Pr Jean-François Toussaint dans le rapport destiné à préparer le futur PNAPS
« programme national de prévention par les activités physiques ou sportives ».


Jean-François Toussaint, vous êtes directeur de l’Irmes, un département de recherche médicale tourné vers le sport de haut niveau. Or votre rapport se préoccupe de la santé des Français en général et vante les pratiques physiques « douces ». On pensait pourtant que médecine du sport et santé publique étaient deux univers hermétiques l’un à l’autre…

Je crois au contraire que le monde du sport ouvre les yeux et se rapproche aujourd’hui du monde de la santé. Il est essentiel d’avoir une vision élargie de ce que l’activité physique et le sport représentent dans notre quotidien. D’ailleurs, c’était bien l’idée du président de la République lorsqu’il a souhaité mettre en place un ministère commun de la Santé et des Sports.

Y a-t-il aujourd’hui consensus sur les bénéfices de la pratique d’activités physiques et sportives en matière de prévention santé ?

Oui, grâce à la remarquable étude de l’Inserm (1) achevée début 2008. Ce document présente une vision complète de l’ensemble de ces bénéfices, tant dans le domaine cardiovasculaire ou métabolique que dans celui des maladies cancéreuses, de l’équilibre psychique ou même du développement cognitif chez l’enfant. C’est la démonstration du mens sana in corpore sano, avec par exemple des réductions de 15 à 30 % des taux de mortalité et de morbidité dans le domaine cardiovasculaire, et des réductions de 15 à 20 % sur le cancer du sein.

Certains pays sont-ils en avance ?

Oui : la Finlande, les Pays-Bas ou Québec, où un programme a été lancé il y a trente ans pour favoriser l’activité physique à l’école, en entreprise, et à tout âge (2).

Votre rapport réaffirme que « Le sport c’est la santé ». Mais n’est-ce pas un cliché éculé et souvent démenti ?

Cela ne l’est pas lorsqu’on regarde l’ensemble des intensités de pratique, depuis l’immobilisme total jusqu’aux dix heures d’entraînement quotidien des pongistes chinois... Les travaux menés à l’Irmes permettent de comprendre le mécanisme des pathologies liés aux charges d’entraînement du haut niveau, le but étant d’identifier ces risques pour les réduire ensuite par une politique de prévention adaptée. Mais dans le cadre du PNAPS, c’est l’ensemble des pratiques physiques « ou » sportives – et j’insiste sur le « ou ». Il faut trouver un juste équilibre entre deux risques celui lié à l‘activité très intense – qui concerne 5 000 à 10 000 sportifs de haut niveau en France – et celui de la sédentarité absolue – qui concerne des millions de personnes.

On recommande désormais 30 minutes de dépense physique modérée quotidienne chez l’adulte et une heure chez l’enfant, avec pour celui-ci deux séances plus intenses destinées à favoriser sa croissance osseuse. Comment ces chiffres ont-ils été calculés ?

Ils ont été définis sur la base d’études menées au Québec, en Allemagne, en France et aux États-Unis. Ces données représentent le seuil en dessous duquel on bascule vers les problèmes de santé. Se maintenir au delà de ce seuil permet au contraire de conserver une bien meilleure qualité de vie.

Comment faire passer ce message dans la population ?

En nous appuyant tout d’abord sur les campagnes déjà menées par l’intermédiaire du Programme national nutrition santé (PNNS) et de l’Inpes, comme le « bien manger bien bouger ». L’idée centrale est de favoriser la pratique physique dans la vie quotidienne : marcher ou prendre son vélo plutôt que la voiture pour se rendre à l’école ou à son entreprise, prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur…

Vous évoquez notamment un programme pour « retrouver la forme en trois escaliers »…

Trois escaliers en arrivant au boulot le matin, trois le midi après la cantine, trois le soir en partant : ce n’est pas grand-chose, mais une étude de Kino-Québec a démontré que cette dose « homéopathique » permet d’atteindre le seuil et réduit un grand nombre de risques sanitaires !

Votre lettre de mission précisait que « le discours ne devra en aucun cas se fonder sur des arguments hygiénistes, moralisateurs ou coercitifs ». Mais alors, quel langage tenir ?

Pour convaincre les gens, en particulier les plus jeunes, l’argument de la santé n’est pas forcément celui qui doit être mis en avant. Il faut plutôt insister sur le plaisir de pratiquer, la convivialité, la rencontre, toute la dimension sociale. Le message de santé sur une réduction du risque à 40 ou 60 ans ne passe pas auprès des enfants, qui sont dans une phase de croissance où la maladie et la mort n’ont que très rarement leur place.

Et comment traduire ensuite ces recommandations dans notre vie quotidienne alors qu’elles vont à l’encontre de la pente naturelle de notre société, laquelle est chaque jour un peu plus celle de la voiture, des écrans, et plus généralement de l’absence de toute dépense physique ?

Cela passe par une prise de conscience. Vous évoquez les conséquences de la multiplication des écrans : à mon sens, un film comme Wall-E illustre avec beaucoup d’humour cette prise de conscience en montrant, certes de façon caricaturale, le risque de sédentarité absolue lié à notre plongée au cœur des écrans. Voilà une campagne de santé publique bien comprise...

Vous préconisez de développer « les moyens de transport actifs » et de défiscaliser à hauteur de 200 € par an les personnes qui résident dans un rayon de 10 km de leur lieu de travail et s’y rendent à vélo : croyez-vous être entendu, alors que le lobby des fabricants de cycles est infiniment moins influent que celui des constructeurs de voitures ?

Je crois que ces influences vont considérablement évoluer dans les années à venir, et qu’elles auront un fort impact sur notre quotidien. D’ailleurs, intégrer la défiscalisation dans le cadre des démarches d’aide au transport était déjà dans l’air du temps l’été dernier, avant même la crise économique actuelle, il suffit de poursuivre cette logique.

Quel pourrait être le rôle du sport à l’école, et plus généralement de l’institution scolaire elle-même ?

Dans le système français, l’éducation est essentiellement donnée par l’école et les enseignants sont les premiers à savoir faire le tri entre les bonnes propositions et les autres. Il convient donc qu’ils aient une bonne compréhension de l’enjeu que représente le temps de pratique physique et surtout de ces petits moments sur lesquels on peut avoir une influence dans et au dehors de l’école : les opérations pédibus et carapatte en sont une excellent approche. L’école pourrait ainsi aider à concevoir autrement la mobilité urbaine et contribuer à proposer une vision élargie de l’éducation à la santé, par le biais d’une activité physique bien comprise. Elle peut aussi permettre d’aller plus facilement vers les associations sportives dans un partenariat bien compris avec les collectivés locales : on peut par exemple concevoir une utilisation du samedi libéré pour utiliser les équipements sportifs.

Mais, justement, l’offre sportive des fédérations est-elle adaptée ?

Les fédérations développent de plus en plus une offre de pratique non compétitive. Si plusieurs d’entre elles ont participé à cette commission, c’est bien parce qu’elles se rendent compte de la nécessaire évolution en ce domaine. Les fédérations de judo ou d’athlétisme proposent ce type d’offre de loisir, et beaucoup d’autres commencent à les suivre, qu’il s’agisse de sports de nature ou de sports de salle.

L’offre sportive des clubs reste néanmoins fondamentalement axée sur la compétition et éloigne ceux qui voudraient avoir une pratique loisir ou familiale : n’est-ce pas alors toute l’organisation du sport en France qu’il faudrait changer ?

Non, nous aurons toujours besoin de compétition : il existe un besoin physique, voire philosophique, de dépassement propre à l’espèce humaine mais qui rejoint peut-être même, au-delà des références humanistes, des propriétés intrinsèques du vivant. Il n’est pas question de supprimer la compétition mais d’ajouter une autre possibilité. A la piscine à 18h, il faut pouvoir proposer un encadrement pour les compétiteurs – avec des entraînements qui peuvent aller jusqu’à 4 x 2 heures par semaine pour des enfants de 8 ans – et pour ceux qui viennent pour le plaisir que procure la maîtrise de l’eau, seul élément à nous permettre de nous déplacer en trois dimensions.

Vous recommandez dans votre rapport la pratique physique pour les seniors, pour les patients atteints de maladie chronique, de maladie rare ou en situation de handicap. Mais prescrire du sport sur ordonnance est-il dans les mœurs du corps médical ?

Pas encore, sinon notre rapport ne servirait à rien ! Mais cela peut changer en démontrant les bénéfices d’une pratique physique, comme cela s’est fait pour la « réhabilitation » des insuffisants cardiaques ou respiratoires. Il est aujourd’hui prouvé que le déconditionnement – le fait de s’arrêter de bouger, de s’installer dans un fauteuil et de ne plus le quitter – est un facteur majeur d’aggravation de ces maladies. La mucoviscidose, qui détruit les poumons des jeunes enfants qui en souffrent, est un autre exemple particulièrement parlant. Le cadre sanitaire qui associe kinésithérapeutes, pneumologues et éducateurs médico-sportifs permet à ces enfants de se réapproprier leur souffle et de retrouver après quelques séances d’entraînement une aisance physique qu’ils pensaient avoir perdu. Cela doit servir d’exemple à l’ensemble de nos concitoyens.

Considérez-vous que l’enjeu sanitaire d’un retour à une pratique physique minimum est de même nature que celui de l’environnement et du climat ?

Complètement. Ce sont des domaines associés sur lesquels il faut concevoir une éducation à la santé individuelle, sociétale, communautaire et qui prenne en compte l’ensemble de nos interactions individuelles avec le biotope. Ces deux questions exigent de garder les yeux ouverts, avec un très large champ de vision.

Après le « Grenelle de l’environnement », faut-il donc s’attendre à un « Grenelle de l’activité physique » ?

Laissons les grandes réunions et les grands mots… La ministre de la santé et des sports et le secrétaire d’Etat chargé des sports, tous deux commanditaires du rapport, établiront les priorités. Sur un plan technique, le Programme national des activités physiques et sportives (PNAPS) va d’abord se développer avec le Programme national nutrition santé (PNNS). Nous collaborons aussi aux actions de l’INPES et aux Plan santé-transports et Plan santé-environnement en cours de constitution. Je crois aux actions qui, petit à petit, s’intègrent dans la vie de tous les jours pour des citoyens qui comprennent le pourquoi des choses. A partir de là, les changements se font naturellement.

Recueilli par Philippe Brenot



(1) L’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) s’est étalée de 2006 à 2008, synthétisant plus de 5 000 publications en un document de 800 pages.

(2) Créé en 1978, Kino-Québec est un programme ayant pour mission de « promouvoir un mode de vie physiquement actif pour contribuer au mieux-être de la population québécoise ». Il est géré conjointement par le ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports et celui de la Santé.


Encadré 1 Un cardiologue en mission

Cardiologue de formation et praticien hospitalier au Centre d’Investigations en Médecine du Sport de l’Hôtel-Dieu à Paris, Jean-François Toussaint, 45 ans, fut aussi sportif de haut niveau, international de volley-ball et champion de France avec Asnières Sports en 1984. En sa qualité de directeur de l’Institut de Recherche bioMédicale et d’Épidémiologie du Sport (Irmes), Jean-François Toussaint a récemment conduit une étude révélant les limites physiologiques d’espèce sur la base d’une raréfaction des records sportifs (En Jeu 421, décembre 2008). Mais son regard embrasse bien au-delà du sport de haut niveau : membre du haut conseil de la santé publique, du comité de pilotage du Programme national nutrition santé (PNNS) et du conseil d’administration de l’Inpes*, Jean-François Toussaint a présidé d’avril à octobre 2008 la commission chargée de jeter les bases du futur Programme national de prévention par les activités physiques ou sportives (PNAPS). Partant du principe que l’activité physique régulière concourt à la santé des individus en prévenant de nombreuses pathologies – de l’obésité aux maladies cardio-vasculaires –, la lettre de mission cosignée par Roselyne Bachelot et Bernard Laporte demandait à la fois un diagnostic et des orientations. Fruit de dix réunions plénières et de 125 réunions de travail et auditions spécifiques : un rapport de 300 pages débouchant sur une quinzaine de recommandations.

*Institut national de prévention et d’éducation pour la santé


Encadré 2 « Retrouver sa liberté de mouvement »

Le titre choisi pour le rapport de la commission Prévention Sport Santé ferait non seulement un excellent slogan pour une campagne nationale invitant les Français à se « bouger », mais il éclaire l’enjeu de société que constitue la réappropriation de nos capacités physiques dans nos vies trop sédentaires.

Activité et motorisation. « Dans l’espèce humaine, le gradient de dépense énergétique va désormais de l’absence quasi complète de mouvement, avec une mobilité urbaine totalement passive, entraînant le déconditionnement des principales fonctions de l’organisme, jusqu’à l’exercice intensif soutenu 6 à 10 heures par jour tel que le pratiquent les athlètes de haut niveau. La première situation de sédentarité absolue se rencontre dans les nations développées où elle accompagne l’essor de l’obésité. »

Limites de l’offre sportive. « Dans le même temps que la sédentarisation progresse, l’offre sportive se développe et se diversifie considérablement. (…) Pourtant, au fur et à mesure que s’étend sa spéciation*, et que s’accroît le nombre de fédérations et de licenciés, le sport répond de moins en moins aux besoins de mobilité des citoyens : dans les pays européens, il ne compte plus aujourd’hui que pour 7% de nos activités quotidiennes, sources de dépense énergétique. »

Vers une liberté de mouvement retrouvée. « Pour lutter contre notre trop grande sédentarité et ses conséquences, nous proposons de revenir à la source et d’encourager chacun à reprendre progressivement sa liberté de mouvement : retrouver l’étonnement d’une marche en forêt [ou] le plaisir d’un effort commun dans une sortie à vélo en famille (…). Retrouver la joie du jouer ensemble (…) adapté aux limitations physiques des pensionnaires d’une maison de retraite active, plutôt que de se laisser détruire à bas bruit devant l’unique poste de télévision de la salle commune. Et réinsuffler un dynamisme dans une période qui bouleverse nos références mais qui nécessitera de chacun qu’il conçoive le juste enjeu de l’effort à livrer. »
*Spéciation : séparation en deux espèces distinctes (Petit Larousse).

http://www.mangerbouger.fr/actualites/pnns-2011-2015.html